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Une distinction militaire méconnue

I - HistoriqueFnepsa diplome medaillon

 Le 16 avril 1771, le marquis de Monteynard, ministre de la guerre, faisait signer à Louis XV une ordonnance instituant une récompense pour bons et loyaux services en faveur des bas officiers et des soldats de l’armée de terre.

Attestant de vingt-quatre années de présence sous les drapeaux ils recevaient une haute paie et le médaillon de vétérance. ..

L’ordonnance du 26 mai 1771 en étendit l’attribution aux troupes de la Maison du Roi et celle du 26 décembre 1774, aux troupes de la marine.
La remise de cette récompense était entourée d’une certaine solennité. Devant le régiment en parade, le colonel remettait le brevet au titulaire et lui attachait l’insigne sur le coté gauche de la poitrine. Bien que l’ordonnance n’en ai pas parlé, car le fait était assez peu fréquent, les soldats restés quarante-huit ans sous les drapeaux portèrent le double médaillon. Le cas d’un médaillon triple semble unique, Jean Thurel, le reçu en 1787 pour avoir servi soixante-douze ans dans les armées du roi.

Distribués durant toute la monarchie, la Révolution ne supprime pas le médaillon, cette mesure vraisemblablement impopulaire aurait atteint d’humbles serviteurs roturiers formant la masse des armées révolutionnaires en campagne. La Convention nationale en date du 15 octobre 1792 supprimera l’ordre de Saint-Louis, les officiers à partir de cette date recevront le médaillon au titre de l’ancienneté des services.

En résumé, après avoir été la distinction des soldats et des sous-officiers, le médaillon de vétérance devient celle des officiers de 1792 à 1795.
Il est encore décerné en 1795 et des brevets sont établi jusqu’en 1804, mais généralement il s’agit plutôt de textes confirmant la décoration que l’attribuant. Louis XVIII dans son instruction du 5 mai 1824, en autorise le port aux quelques vieux militaires retirés.  

Fnepsa medaillon3

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II - Les modèles de médaillon de vétérance

Le premier modèle de médaillon conforme à la description de l’article 14 de l’ordonnance du 16 avril1771est de forme ovale et brodé d’or aux deux épées croisées et unies par un nœud de ruban sur tissu de velours rouge grenat. Ce dernier vraisemblablement trop fragile, sera rapidement remplacé par un modèle métallique. Le second modèle, au module standard de 67 X 53 mm est en cuivre jaune non doré sur fond de drap rouge, les deux épées croisées, pointes vers le haut. L’entourage est percé de trous destinés à coudre l’insigne sur l’habit. Le modèle des troupes de marine a une ancre qui complète le faisceau des deux épées.

A la fin de l’Ancien Régime apparaît une multitude de variantes aux dimensions plus réduites, avec anneau de bélière pour être suspendu à un ruban. Celui-ci sera principalement de couleur rouge feu comme celui de l’ordre de Saint-Louis. Des modèles surmontés d’une couronne royale ou émaillés ou d’aspect plus rustique en cuivre jaune emboutis existent. Les médaillons pour officiers généralement en bronze doré et ciselé seront de facture plus soignée. Un médaillon particulier semble avoir été attribué à la maréchaussée, l’insigne ajouré formé de deux épées croisées sur un bâton de commandement fleurdelisé en pal sera entouré de deux rameaux de lauriers. Certains sommés d’une couronne royale.
Durant la 1ère République les variantes décoratives sont nombreuses. Les deux épées croisées étant maintenues, apparaissent le bâton en pique et le bonnet phrygien. Les dimensions varient et les systèmes d’attache ainsi que le métal sont des plus divers.

Le chercheur curieux de découvrir l’ensemble de ses médaillons et leurs variantes, pourra s’orienter auprès des musées de la Légion d’honneur, Carnavalet et de l’armée à Paris ainsi que celui de la Gendarmerie à Melun qui en possèdent de remarquables exemplaires.

III – Les brevets

Si les médaillons de vétérance sont variés les brevets délivrés le sont moins. 
Fnepsa medaillon4Fnepsa medaillon3Ceux-ci en parchemin, leurs dimensions varient entre 29 X 23mm et 34 X 27mm suivant les époques. Des duplicatas sur papiers existent aux dimensions plus importantes. Le médaillon placé en haut à gauche sera reproduit généralement sur tous les brevets. Le texte encadré d’attributs militaires (faisceaux de drapeaux, casques, cuirasses, canons, trophées d’armes) sera surmonté du symbole de la royauté. Celui-ci sera remplacé par la déesse de la liberté sous la 1ère République. Les brevets seront signés suivants les époques du secrétaire d’Etat à la Guerre, du commissaire aux secours publics, du conseil exécutif provisoire ou du Ministre de la Guerre.

En conclusion cette étude qui volontairement reste sommaire aurait pu faire l’objet de nombreuses pages, elle invite principalement le lecteur à découvrir l’aspect d’une distinction militaire peu connue attribué durant vingt-quatre ans (1771 – 1795) chiffre surprenant pour une récompense de vingt-quatre années de présence sous les drapeaux.

GUIMARAES Christophe