Histoire sur la poterie de Betschdorf

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Cruche en Grès 
Décor en bleu, couvercle en étain

On ne peut parler de l’industrie de la poterie de BETSCHDORF sans jeter un coup d’œil sur l’histoire de l’industrie de la céramique en Alsace. 

Dès l’époque gauloise, l’industrie céramique fut prospère dans la région alsacienne. Elle reçut une impulsion énergique à l’époque de l’occupation romaine. A cette époque l’industrie céramique fabrique principalement des briques, des tuiles, des carreaux de dallage et de revêtement.
La céramique décorative a joué un rôle considérable au moyen-âge et particulièrement en Alsace.

Cette partie de l’art céramique se rattache à la tuilerie et à la briqueterie plutôt qu’à la poterie. Il a existé au temps des Romains une fabrique de poterie très importante au lieu nommé TABERNAE RHENANAE du territoire des NENETES correspondant au village moderne de RHEINZABERN du pays de LANDAU et qui, jusqu’en 1814, faisait partie du district de WISSEMBOURQ.

On a trouvé des vestiges à SELTZ, chef-lieu du canton de WISSEMBOURG, l’ancienne SALETIO des Romains. Puis on arrive d’un grand saut au XIII° siècle où l’on parle d’un potier à SELESTAT qui utilisera le premier en Alsace la glaçure plombifère, d’autant plus que COLMAR fut dès le moyen-âge le centre le plus actif de l’industrie de la poterie en Alsace.

On désigne couramment les deux villages contigus de OBERBETSCH¬DORF et NIEDERBETSCHDORF sous le nom commun de BETSCHDORF, village situé au nord-est de STRASBOURG.
Bien que NIEDERBETSCHDORF ne soit d’OBERBETSCHDORF que séparé par un ruisseau, pas un seul potier ne s’est installé dans ce village.

Au 18° siècle ce village comptait 600 habitants, il en comptait 1200 au début du siècle.

L’étymologie du nom serait Betenes-Dorf. (Village de la prière) ce qui serait justifié par l’existence en ce lieu d’un oratoire dont la fondation remonterait à une époque très ancienne.
On suppose que cet oratoire aurait été fondé par St-Arbogast, le grand apôtre de l’Alsace au VII° siècle.
Connaissant l’origine des potiers de Betschdorf, venus d’Allemagne au commencement du 18° siècle, nous savons qu’ils avaient à résoudre le problème suivant :
Reproduire les articles en grès qui se fabriquaient en Allemagne dans la région de NASSAU depuis le 15° siècle, c’est à dire toute une série de vase de ton grisâtre, agrémentés d’une décoration bleue uniforme, parfois rehaussée d’un ton bleu violacé (brun ou manganèse).
Toute argile plastique donne sous l’effet de la cuisson un produit céramique, mais ce produit prend un nom différent selon la nature de la terre qui a servi à le fabriquer et selon la technique de la fabrication.

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POTERIE DE TERRE - FAÏENCES - PORCELAINE - GRES

POT A DEUX ANSES
décor de cheval cabré

Les poteries de Betschdorf font partie de la catégorie des grès.
Les caractéristiques du grès sont un grain dur et serré et une faible porosité. Cette porosité est d’ailleurs supprimée dans la fabrication du grès de Betschdorf par le procédé dit de « salage » qui par la fusion du sel marin recouvre les vases d’une sorte d’enduit vitrifié semblable à l’email de la porcelaine et les rend presque complètement imperméables.

Les matières premières indispensables pour la fabrication et obtenir ces résultats sont : 
  l’argile dite vitrifiable 
  le sel marin 
  les couleurs, ces dernières étant un accessoire, car elles ne sont pas appliquées sur tous les produits fabriqués.

L’argile est la matière indispensable, primordiale, celle sans laquelle il n’existe pas de poterie.

Le sel marin donne la couverture ou le vernis.

Le bois est la matière auxiliaire nécessaire à la cuisson il provient des forêts domaniales et communales voisines de Haguenau à Oberbetschdorf. Les principales essences sont : le pin - le hêtre - le chêne et l’aulne .

L’argile se trouve en quantité considérable en forêt de Haguenau, ces dépôts d’argile portent en terme local de métier le nom de « glaisières ». Au 18° et 19° siècles les glaisières exploitées par les potiers de Betschdorf se trouvent en dehors de la forêt de Haguenau.

La langue française ne dispose pas d’un mot simple pour désigner les poteries de terre appelées en langue allemande ( Tonwaren ), on dit en français « poterie de terre » ou « terre de feu ». Cette poterie ressemble à la faïence, mais ne doit pas être confondue avec elle. Le sel marin provient des Salins de Lorraine (Château-Salins). Les couleurs, le bleu ou bleu de Cobalt donne à la cuisson une belle couleur bleu foncé se rapprochant du bleu de Sèvres (les colorants viennent de Meissen en Saxe).
Comment obtenir les glaçures.

En projetant dans le four de cuisson à une température de 1250 degrés du chlorure de sodium, ce sel se décompose et donne par combinaison avec le silicate d’alumine qui est la base de l’argile un silicate de soude qui se fixe sur les pièces soumises à la cuisson sous la forme d’un vernis imperméable qui joue le rôle de la porcelaine. 

Modèles d’instruments servant à décorer 

Décor par incision (chatironné) au stylet Décor en relief (réalisé en collant à la barbotine les motifs) Décor peint directement sur les poteries au pinceau.
On trouve de nombreux décors d’animaux : pigeon – poule – cheval – chien – cerf – faisan – lièvre - bœuf.
L’industrie des potiers était soumise à une réglementation corporative sévère. La confrérie avait son centre d’action à Colmar. Les statuts obtenus le 9 novembre 1622 de l’Empereur Ferdinand II furent confirmés par le conseil souverain d’Alsace le 11 mars 1682.
Ces statuts compliqués et confus firent l’objet d’un nouveau projet par les maîtres en 1739 et soumis à l’approbation royale. Il fit l’objet d’un règlement en conseil du Roi en date du 19 janvier 1740. Aux termes de ce règlement les maitres nomment douze d’entre eux pour gens de justice et gardes des statuts, lesquels élisent tous les trois ans, trois d’entre eux des plus capables et intelligents. Le premier pour la Haute-Alsace Le second pour la Basse-Alsace Le troisième pour la Ville de Colmar.
Ce triumvirat est chargé de la police des métiers. Une assemblée annuelle de la Corporation se tient à Colmar le jour de la Saint-Louis. Une assemblée générale a lieu tous les trois ans. Chacune de ces assemblées est accompagnée d’une cérémonie religieuse.
L’obligation d’assister à la réunion plénière est si rigoureuse que celui « qui boit ou mange avec un maitre avant la séance » est puni d’une amende d’une livre de cire au profit de la confrérie.
Si l’absent ne peut produire d’excuse valable, il est puni d’une amende de 40 sols et de privation de compagnons.
Fonctionnement de la corporation
Les Maitres doivent obéissance aux chefs de la confrérie, pourvu que ce ne soit contre Sa Majesté, ses États, ses intérêts et contre le bien public.
La maîtrise est octroyée par l’assemblée annuelle particulière. Le candidat se présente en personne, fournit ses lettres d’apprentissage et fabrique le chef-d’œuvre accoutumé dans la Ville de Colmar en présence d’un jury composé de trois maitres de la Haute et de trois de la Basse Alsace, ils prêtent serment à cet effet. Puis le jeune maitre paie ses droits d’entrée, jure d’observer les statuts et offre un diner aux membres du jury.
La confrérie tient un registre des maitres compagnons et apprentis, elle ordonne de lire tous les lundis de Pentecôte les statuts et les noms des maitres auxquels il est défendu d’avoir des compagnons.

Quels sont les avantages professionnels que la corporation procure à ses membres ?

1) Nul ne peut vendre ou fabriquer de la poterie façon Alsace sans être reçu de la confrérie.
2) le maitre a le droit de transporter sa marchandise dans les Foires, mais il est tenu de remporter dans sa localité les produits invendus.
3) Les maitres tiennent à leur renommée, ils s’interdisent de vendre à des étrangers, revendeurs de pots de terre, vagabonds et « gâte-métiers ».
4) Les maitres ont le droit de surveillance sur les revendeurs et les étrangers, mais eux-mêmes sont obligés de se soumettre à la visite des officiers 
     de la confrérie qui viennent constater la bonne qualité de la marchandise et confisquer celle qui leur parait de mauvaise foi.

Ces privilèges comportaient un certain nombre de restrictions, à savoir : Que le marché restait ouvert librement aux potiers étrangers dont les poteries similaires ne se fabriquaient pas en Alsace et notamment du grès de Cologne.

De plus les étrangers avaient le droit de construire des fours et travailler de leur métier sans faire partie de la confrérie et de faire des ouvrages de poteries inconnus des maitres alsaciens.
C’est grâce à ces restrictions que les potiers de Betschdorf purent s’installer librement en Basse-Alsace puisqu’ils répondaient à la double condition exigée pour bénéficier de la liberté de fabrication, ils étaient étrangers et fabriquaient une poterie qui n’existait pas en Alsace, le grès de Cologne.
La moralité est de règle dans la corporation des potiers : Est puni d’une amende ou exclu temporairement de la confrérie le maitre qui est de mauvaise conduite, qui a une vie déréglée, qui entretient une maison douteuse, qui s’adonne au jeu pour de l’argent, est également puni celui qui fait offense Dieu ou qui est parjure.
Formation des apprentis 

Celui qui veut apprendre le métier se fait présenter par deux maitres et deux compagnons et inscrire sur le registre de la tribu. Il s’engage avec le maitre pour 3 ans et doit lui payer une certaine redevance. S’il n’est pas en état de payer, il prolonge d’une année son apprentissage.
Au 19° siècle les potiers se sont groupés en Société à responsabilité limitée Ils achetaient et vendaient en commun tous les produits. Afin de permettre aux associés de faire face à leur engagement, ils doivent d’après l’importance de leur production annuelle moyenne, fournir un certain contingent d’objets fabriqués. Dans l’industrie céramique, on calcule la production en jets, en allemand ou en alsacien Wurf du verbe werfen (jeter)

Quelle est l’origine de cette expression originale ? 

Selon la coutume, ce contingent d’objets fabriqués est calculé sur une unité de base qui s’appelle le « jet »
L’industrie céramique primitive était sans doute la briqueterie. Le prix de base du salaire des ouvriers briquetiers fut calculé sur le nombre de briques qu’ils pouvaient dans un temps déterminé confectionner de leurs mains et jeter au four. Cette unité de mesure professionnelle passée de la briqueterie dans la poterie où il fallait bien remplacer le nombre de briques par une commune mesure à tous les objets fabriqués de dimensions différentes, c’est à dire une mesure de contenance.

Fnepsa poterie de Betschdorf1
pot en grès
décor au cerf

André CHENKIER