Fnepsa euro monacoCet article ne se veut pas être l’expression d’une vérité absolue et monolithique mais plus le fruit de recherches et de réflexions liées à une observation du Marché de la numismatique « moderne ».

Lors du passage du franc à l’euro, la Principauté de Monaco, qui était signataire d’accords avec la France pour battre monnaie, a vu celle-ci transformée comme d’autres petits Etats (San Marin, le Vatican).

Etant donné qu’elle n’avait, et n’a, le droit de battre qu’une quantité restreinte d’espèces liée à la production française (c’est la Monnaie de Paris qui frappe), sa production ne pouvait être importante.

Une remarque préalable s’impose.
La demande numismatique sur les francs monégasques était jusqu’alors limitée. Les collectionneurs étaient connus et répertoriés. Il n’y avait jamais eu de cohue lors d’une émission nouvelle. Les seules pièces faisant l’objet d’une recherche un peu plus importante étaient celles où apparaissaient l’effigie de la princesse Grâce (demande liée aux américains). 
Les pics de demande étaient situés lors de la sortie d’une nouvelle pièce, lorsque celle-ci était distribuée aux seuls monégasques. Dès lors que la pièce devenait accessible à tous, quelque temps plus tard, tout cela retombait.

Il faut noter, comme le souligne Monsieur Charlet (co-auteur d’un très bel ouvrage sur les monnaies de Monaco) que ce Marché se limitait aussi à la « zone franc » (hormis les pièces en or, les essais et les piéforts).

Le passage à l’euro a bousculé ce paysage. Ce n’est plus seulement la zone franc mais la zone euro qui devenait avide de ces « raretés ». Mais cela, personne au départ n’en n’avait mesuré l’importance.
Notons que toute pièce émise avec une valeur faciale, même s’il s’agit d’une médaille monétiforme est décomptée du quota alloué à la Principauté. Il en est de même pour les B.U. (brillant universel) et les B.E. (belle épreuve) (voir plus loin). Si l’on rajoute à cela que les émissions peuvent être ordonnées soit par la Trésorerie soit par le Palais (pièces commémoratives en général), on comprend mieux les faibles chiffres pour les tirages.

Cet « amalgame » entre pièces courantes, médailles « monétiforme », B.U, B.E, aboutit même chez le collectionneur avisé à une profonde confusion.
Le déclencheur de la folie euros de Monaco.

Les kits-starters ou comment mutiplier jusqu’à 100 fois 15, 924 euros dans un sachet en plastique… Remarque : ce phénomène a été observé dans tous les petits Etats et pas seulement à Monaco.

Lors du passage à l’euro il fut distribué des sachets en plastique contenant l’équivalent de 100 francs français. On pouvait en avoir dans les banques, la Poste,… Ils étaient «enrobés» dans un plastique qui se voulait bio dégradable et photo sensitif pour ne pas polluer s’il était jeté, à terre, après son ouverture.
Il n’y eu pourtant pas foule pour les obtenir, même s’il furent rapidement épuisés. Dans les premiers temps il n’y eu pas de phénomène spéculatif trop important, puis d’un coup le « court » s’enflamma pour atteindre jusqu’à 100 fois sa valeur faciale ! Ce cours délirant s’est depuis effondré car purement spéculatif.

Les euros courants

Lors des premières émissions d’euros, là aussi la disponibilité fut facile. Chaque banque de la Principauté reçut des rouleaux de pièces de tout type. Il n’était pas rare de se voir rendre la monnaie en euros monégasques. Puis la folie des « kits » aidant, la thésaurisation commença. Un marché parallèle se développa, alimenté par nombre de caissiers de banques qui avaient compris le filon. Il fallu l’intervention des directions pour que se ralentisse (sans jamais cesser) ce juteux trafic. Les dérives furent telles que l’on vit même au sein de la Trésorerie le « déplacement » de personnes suite à des « débordements ». Bien entendu on ne trouvera aucune trace écrite de cette information, la fonction publique monégasque, comme partout dans le monde, ayant comme mot d’ordre « pas de vagues ! ». Il n’en demeure pas moins qu’à titre d’exemple aucune (ou très peu) des pièces de 1 euro 2007 ( tirage 96000) ou de 2 euros 2008 (tirage 240000) n’ont été vu par le public en circulation. Elles ont été en revanche tout de suite disponibles en Allemagne et en Belgique (et ce en quantité) !

Montrée du doigt un moment, la Principauté n’en demeure pas moins victime de son succès. En effet toutes les tentatives pour pallier à cette « folie » ont été vaines, jusqu’à ce jour. Comble de l’ironie, les mêmes hauts fonctionnaires européens si critiques pour la Principauté ont eux mêmes reconnu que s’ils trouvaient une pièce de Monaco il la conserverait !

Fnepsa euro monaco 2

Les coffrets B.U (brillant universel) et B.E (belle épreuve)


Ces coffrets officiels ont moins eu tendance à voire s’envoler leurs prix. Certes si on les ramène à leur valeur faciale il existe une différence mais qui se comprend en raison des faibles tirages (encore une fois liés aux accords franco-monégasques). La clientèle est différente. Plus policée, il s’agit plus de collectionneurs que de « purs » spéculateurs (même si cette possibilité ne peut être écartée). La Principauté en a émis en 2001 (tirage 20000), 2002 (tirage 40000), 2004 (tirage 14999), un coffret comprenant des pièces de 1c, 2c, 5c en 2005 (tirage 35000), 2006 (tirage 11180), 2009 (tirage 8000). En 2003 la 10 euros argent (tirage 4000), 2007 la 2 euros « Princesse Grâce » en coffret (tirage 20000), la 5 euros argent 2008 (tirage 9000).

Les euros en or

Ces pièces commémoratives ont voulu être une continuation de ce qu’avaient été les union latines et les 100F or.

Rainier III
20 euros 2002 tirage 3500, 100 euros 2003 tirage1000 , 10 euros 2005 tirage 3313,
Albert II

20 euros 2008 tirage 3000.
Elles n’ont pas toutes eu le succès escompté et l’on peut voir actuellement, par exemple, le prix de la 2 euros Princesse Grâce (en métal) dépasser la côte de la 20 euros en or Rainier III, pourtant tirée à seulement 3500 exemplaires.

Les faux

La convoitise aidant il n’a pas fallu longtemps pour voir apparaître des faux euros de Monaco sur e-bay. Fausses monnaies fantaisistes au départ, distribuées à partir de la Belgique et des Pays-Bas. La « qualité » de l’escroquerie s’est améliorée puisque sont proposées maintenant des « médailles monétiformes » en tous points semblables aux euros, si ce n’est que le signe euro n’est plus apposé.
Les faussaires ne s’exposent donc plus à la qualification de faux monnayeurs !

La plus copiée des pièces (vu son prix actuel) est toujours (et de loin) la 2 euros princesse Grâce.

Il est vraisemblable que de nouveaux accords au niveau européen seront prochainement signés pour réduire la spéculation et harmoniser la production avec les autres pays.

Voyons le bon côté des choses. Ce passage à l’euro a fait découvrir la passion de la collection à des millions de personnes. La numismatique jusqu’alors refuge d’érudits grisonnants a pris un grand coup de jeune. Signe des temps, il n’est pas rare de voir sur les Salons Numismatiques des stands entiers dédiés aux euros, lorsque les stands traditionnels de monnaies antiques tendent à diminuer voire disparaître. Cette « euromania monétaire » est un moyen pour de nombreux européens de découvrir cette Europe qui se construit pas à pas. L’intérêt du public est surtout porté sur les pièces ayant réellement circulation. Les pièces en or et argent, n’ayant pas cours légal, sont relativement dédaignées malgré les faibles quantités d’émission. L’existence de prix élevés sur certaines pièces n’est pas un mal en soi pour les Etats. Pour autant que ce soit des professionnels règlant la TVA qui les vendent !