Sans traitement approprié, les peaux animales ne peuvent aucunement constituer un support d’écriture. 
Or, si dans les pays secs la faible hygrométrie permet d’utiliser les peaux sans préparation, l’humidité de l’air impose, en Occident, le recours à des techniques plus élaborées. Très tôt émerge un métier à part entière : celui de parcheminier. Des débuts de l’ère chrétienne à nos jours, un pays comme l’Ethiopie fabrique du parchemin à partir de peaux exposées à l’action violente du soleil. Les peaux crues, soumises à des températures de 40 à 50° C, perdent leur pelage en une seule journée.

Ensuite grattées et poncées, ces peaux servent directement de support d’écriture et de peinture ; Cependant, ces parchemins, trop rigides de qualité médiocre subissent une totale putréfaction au contact de l’humidité. En Afrique du Nord, ces mêmes techniques produisent les membranes des instruments à percussion.

En Occident, les méthodes de parcheminage varient, bien sûr, selon l’épaisseur des peaux, de la qualité du parchemin qu’on veut obtenir.

Le parcheminage consiste à rendre la peau d’un animal propre à l’écriture. Les différentes opérations permettent d’éliminer les poils et d’autres substances indésirables pour ne conserver que le collagène, l’élastine et une partie de la substance basale.

La première partie du traitement, que l’on appelle le travail de rivière, est la même que celle qui prépare Fnepsa PARCHEMIN FINIles peaux au tannage pour en faire du cuir. Elle consiste à éliminer les poils, l’épiderme et l’hypoderme pour ne conserver que le derme prêt à recevoir les traitements suivants : Tout d’abord, la peau de l’animal utilisée est trempée dans de l’eau, pour la réhumidifier et la laver des insectes, des excréments, etc., trempage qui facilitera le délainage (ou délaine). On les égoutte ensuite, et les empile les unes sur les autres, le côté chair toujours dessus. On intervient alors de chaque côté de la peau : face externe (la fleur), où l’on ôte les poils (la bourre) ou la laine par ébourrage, avant de s’attaquer aux résidus d’épiderme par effleurage. A ce stade, la peau est trempée dans un bain de chaux (plein ou pelain). La chaux vive est obtenue par calcination de roche calcaire. Dans cet état, elle est extrêmement agressive pendant plusieurs jours, elle aura un pouvoir corrosif et stérilisant. La durée du traitement au lait de chaux est très importante pour les opérations suivantes : un traitement trop court entraîne des difficultés lors de l’étirage de la peau ; trop long, il affaiblit la peau qui supportera mal la tension au séchage. La peau est ensuite retrempée dans un bain de lait de chaux propre, il n’y plus de putréfaction, donc plus d’odeurs, cette opération dure une quinzaine de jours. La peau est ensuite rincée à l’eau claire.

L’épilage consiste ensuite à racler la peau, posée sur une surface arrondie, avec un couteau peu tranchant.
L’écharnage se fait sur le même support à l’aide d’un couteau souple bien aiguisé. Il permet aussi d’égaliser la peau. La peau est ensuite tendue sur une cadre avec des pinces. Encore mouillée, on saupoudre la peau avec de la craie, le groison, qui limite la porosité du parchemin.

Le finissage de la surface consiste à égaliser la surface et son épaisseur en travaillant le parchemin tendu, sur le côté chair, avec un couteau en forme de demi-lune.
Le séchage sous tension provoque des modifications importantes de la structure interne de la peau : les réseaux de fibres se réorganisent de préférence parallèlement à la surface de la peau, tandis que les restes de substance basale agissent comme collant interne et maintiennent la stabilité de la structure après démontage du cadre quand le parchemin est sec.

Les changements opérés par la mise sous tension sont ainsi fixés par le séchage. Lors du séchage sous tension, la peau devient opaque : la régularité de la tension est essentielle pour obtenir une opacité uniforme du parchemin, car les parties mal tendues deviennent dures et transparentes.

Le ponçage après légère réhumidification, permet encore d’améliorer l’aspect et l’aptitude à recevoir l’écriture. Cette opération est faite à l’aide d’une ponceuse mécanique et d’une touche finale à la pierre ponce (pumex). C’est devenu une substance inerte qui peut se conserver plus de mille ans dans de bonnes conditions.
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Suzanne Corthésy